Toro de la Vega 2015 : des militants témoignent

Le Toro de la Vega est une tradition espagnole qui existerait depuis le XVIe siècle. Tous les ans, entre la deuxième et la troisième semaine de septembre, un taureau est lâché dans la ville de Tordesillas (province de Castille et Leon) afin d’y être pourchassé par des lanciers à pied ou à cheval. Cette pratique ressemble véritablement à un lynchage car le bovin se défend seul face à une armée d’individus. Cette année, le 15 septembre, c’est donc un taureau de 650 kg, Rompesuelas, qui a été ainsi supplicié par une horde de fous affamée de sang. Plusieurs centaines de militants anticorrida étaient présents pour dénoncer ce lynchage barbare. Le CCE²A publie les témoignages émouvants de deux d’entre eux.

Témoignage de Nina :

(à retrouver ICI)

Nous revenons de l’Enfer…

Poursuivi par une foule en délire, il a traversé en trébuchant, tombant, inoffensif herbivore persécuté par des fous, vous croyez halluciner, mais non, c’est vraiment en train de se passer. Il y a à quelques mètres de nous, un taureau complètement paumé, qui se tourne en notre direction et nous regarde, puis qui nous est arraché par ses bourreaux, plus d’espoir. Ils le tueront un peu plus loin, tous autour de lui, dans leur promiscuité macabre, pleins d’excitation, d’alcool et de violence. Chaque coup de lance est fatal, petit à petit la souffrance le déborde, et il abandonne, calme, réceptionnant les blessures. C’est la fin de ton calvaire, Rompesuelas. À vie je défendrai votre dignité. Pardon pour ma race, pardon pour ce qu’on t’a fait.

Hier à Tordesillas en Espagne, a eu lieu le toro de la Vega, comme chaque année. Témoignage barbare et sanglant des traditions espagnoles. Il est temps d’ouvrir les yeux. Je suis à jamais changée, et je pense ne pas trop m’avancer quand je dis que mes frères et sœurs de combat le sont aussi. Le taureau Rompesuelas n’est pas mort dans l’indifférence. Nous avons essayé, nos corps vidés, mais nos esprits unis, des humains avant toute nationalité. Solidarité.

Nous sommes arrivés un matin dans une petite ville, mais je peux vous assurer que nous étions dans une autre dimension. Tant l’ambiance nauséabonde était palpable… La bruine, le froid… Des gens encore alcoolisés de leur nuit qu’ils continuent d’arroser, célébrant leur excitation face à ce lynchage publique en préparation. Nous avons été fouillés comme des criminels, insultés, agressés physiquement, par leurs poings ou leurs armes, verbalement ou en nous crachant aussi à la gueule, on nous a jeté des pierres ! Notre réponse ? Faire bloc. Pacifiquement. Criant notre rage face à ces malades.

Nous nous tenions les uns aux autres, attendant une guardia qui n’est jamais venue nous déloger. Notre seule et unique protection face à ces milliers d’ennemis agressifs, c’était les journalistes, qui de part leur présence laissaient flotter dans ce climat de tension, comme un bouclier fragile et invisible… Les lanciers à cheval nous traversent, débordant des êtres humains… Nous essayons de nous relever les uns les autres, ne pas se faire blesser, permettre à tout le monde de respirer ! Une militante espagnole se tourne vers moi, me demande si ça va « tengo miedo… »… Puis… C’est un peu flou dans mon esprit… Encore un énorme mouvement de foule, et nous le voyons débouler. Oui, le maire a ordonné de lâcher quand même le taureau, alors que nous étions là, faisant barrage…

J’ai entendu « de génération en génération, ils engendrent des dégénérés… » oui. C’est ce qu’est Tordesillas. Il faut le voir pour le croire. 1 000 militants contre une ville en furie. Un taureau, un martyr, magnifique, un animal fatigué, poursuivi, apeuré.

À quoi pensez-vous donc quand cette sale race d’humains se retourne contre vous, eux qui vous ont élevés, justement « rien que pour ça », que pensez-vous quand on vous transperce, dans les arènes comme dans des fêtes de cinglés consanguins comme le toro de la vega, le toro del fuego… Et putain malheureusement d’autres.

Nous n’oublierons jamais.

Témoignage d’Olivier :

(à retrouver ICI)

Toro de la Vega 2015. Compte rendu d’une matinée en enfer…

Putain de merde, ils nous ont lâché le taureau dessus, ces fous furieux ! De la pure sauvagerie ! De la démence totale ! Un autre monde, une autre dimension !

Retour d’Espagne. Toro de la Vega 2015. L’une des pratiques les plus abominables de la tauromachie. Un taureau est lâché dans un village reculé d’Espagne. La foule qui court autour l’accompagne jusqu’à un champ cerclé de hautes barrières et de palissades remplies de grappes de spectateurs tandis que des hommes à cheval et à pieds tous armés de longues lances pointues l’y encerclent et le transpercent jusqu’à ce que mort s’ensuive – durée de l’agonie entre 15 et 60 minutes. Ici, même plus la sublimation ni l’habillage artistique pour maquiller la pulsion de mort ou lui donner une caution esthétique et un semblant de respectabilité. Nulle belle passe ni habit de lumière pour magnifier l’innommable. On vient voir un taureau coursé et acculé par une foule hystérique et sanguinaire complètement possédée par l’instinct du carnage, du meurtre et de la lapidation se faire charcuter par ses soins dans une boucherie sans forme ni prestance. De la pure tripaille. De la pure extermination. Là on attaque vraiment le fond du fond du pot du monde taurin. Déjà que c’est un pot sérieusement pourri et dont même les strates supérieures puent la violence et la mort, mais là, on racle vraiment le fond de merde collé tout en bas. Les aficionados français, à côté, ce sont des poètes et des délicats. Des pacifistes. Des éphèbes sensibles et gracieux (au Royaume des aveugles, les borgnes, au royaume des taurins…). Là-bas on touche littéralement le fond. Et, du coup, la quintessence. La vérité nue, sans artifice, sans voile. On est confronté et on assiste au degré le plus dense et le plus élevé de l’inhumanité de cette population – qui est aussi son plus haut degré d’authenticité dans ce qu’elle est véritablement, du moins dans le cadre de sa pratique tauromachique. Là on n’est plus dans les discours pompeux et à moitié hypocrites (mais à moitié seulement) sur l’argument culturel des belles passes et des jolis froufrous. On est dans la consanguinité sanguinaire et repue de carnage. Dans la (psycho)pathologie mentale pure. Le monde arriéré du film « Massacre à la tronçonneuse » n’est vraiment pas loin.

Nous étions 1 000 militants animalistes sur place selon les médias, dans les 600 à ce que j’ai vu et (sous ?) estimé peut-être à tort – dont une petite quinzaine de français ayant fait le déplacement du Sud-Ouest. 600 à 1 000 au milieu (et, durant l’action, entourés) de milliers d’aficionados locaux, à avoir prévu de tenter de bloquer physiquement le rituel macabre dans son déroulement pour essayer de l’annuler. Au signal donné par les organisateurs espagnols de ladite action, nous nous sommes postés en contrebas d’une butte à l’entrée des champs prévus pour l’exécution de la boucherie et de la communion de tous dans l’hystérie sanguinaire débridée. Et nous étions coude à coude, dans une énergie de solidarité, d’unité et de détermination que je n’avais pas vue dans les rangs anticorrida depuis longtemps et qui réchauffait le cœur. Après l’attroupement autour de nous de milliers d’afiocs survoltés et les invectives arrivent des cavaliers armés de lances qui n’hésitent pas à foncer sur le mur de militants pour le forcer. On tient à peu près bon même si des failles se créent au sein de notre barrage, mais derrière ils frappent et fessent les chevaux pour les exciter et les contraindre à forcer notre passage lorsque nous ne cédons pas et que nous tenons fermement nos positions. Nous faisons face aux chevaux complètement déroutés et certains militants les ont même touchés et ont pu sentir la transpiration palpable sur leur peau de l’angoisse et du stress auxquels ils sont soumis. Mais l’afioc de Tordesillas n’entend rien, ne lâche rien, et n’a pas l’ombre des prémices d’un respect. Ni de l’homme, ni de l’animal (taureau ou cheval, peu importe). Il ne respecte que lui-même et son putain de rituel du sang – et son putain d’instinct du sang. Alors il insiste, insensible aux conséquences de ce choix pour l’homme comme pour la bête, et il force. Et il finit par passer. Avec toujours, et cela nous a vraiment frappés, ce même regard que les antico connaissent bien et que l’on retrouve visiblement chez les aficionados de tous pays, ce mélange de dureté, de malveillance, d’arrogance, de suffisance et de cruauté. Ce regard de démon. Le taurin a un regard qui est international et universel, semble-t-il. Un regard qui porte la marque, la malédiction, la morsure du sadisme et des festins sanguinaires dont il nourrit – et pourrit – son âme. La marque de Caïn, celle du meurtre du frère. Je peux vous assurer que sans prendre connaissance des partis pris de chacun, n’importe qui doté d’un peu d’intuition et de ressenti psychologique et humain, en regardant les visages et les regards, aurait pu dire de quel côté était l’humanité au sens noble et élevé du terme.

Je ne compterai pas les provocations – y compris celles finissant en coups de poings ou de bâtons qu’il a fallu repousser le plus calmement et posément possible. La violence verbale et physique était de loin ce que j’ai vu de plus intense (même si ç’aurait pu être bien plus grave encore) dans toutes mes actions antico – mais c’était loin d’être le pire de ce que nous allions voir de leur part aujourd’hui. Ca n’était pas non plus les crachats ni les quelques jets de pierre essuyés. On était dans un tel degré de violence et de gens submergés par une énergie de haine pure et de soif de destruction que les organisateurs aficionados ont parfois dû commencer à frapper physiquement certains issus de leurs rangs pour les empêcher de nous passer à tabac sur le champ – et ils ne l’ont pas fait de gaieté de cœur, évidemment, mais simplement parce qu’il y avait une omniprésence médiatique aussi impressionnante que l’omni-absence totale et incroyable, inexplicable des forces de polices sur le lieu de la confrontation – forces de police qui étaient quelques centaines de mètres plus loin, et qui ont pourtant déjà vu l’an dernier que ça dégénérait. Or les scènes de lynchage des animalistes, ça fait très mauvaise publicité, le monde taurin le sait depuis Rodilhan. Ils en étaient donc à mettre des coups aux leurs pour parvenir à les calmer et à les empêcher de trop se lâcher et laisser s’exprimer leur véritable nature sanguinaire au grand jour et à la vue de tous devant la caméra. Sans cela, à n’en point douter, ç’aurait viré au lynchage pur et dur en quelques minutes à peine, parce que l’énergie y était. Clairement (et je ne suis pas du genre à exagérer). Mais, encore une fois, ça n’était pas le pire. Le pire était à venir.

Et le pire est venu lorsqu’une grosse agitation au sommet de la butte en bas de laquelle nous étions postés en chaîne humaine nous a montré les signes avant-coureurs que quelque chose d’essentiel se passait de l’autre côté, que nous ne voyions pas encore, mais dont l’électrisation palpable et soudaine de l’air pouvait nous faire sentir la venue. Ensuite nous avons vu arriver, d’en haut de la butte, l’organisateur espagnol de l’action, affolé, qui, à l’inverse de toutes les consignes qu’il n’avait de cesse de nous donner jusqu’à présent de tenir bon les rangs serrés, agitait les bras d’un air paniqué pour nous faire signe de briser ces rangs sur le champ et de nous séparer, de nous écarter de toute urgence. Derrière, lui, une foule de jeunes aficionados déboulèrent en courant, large sourire de contentement aux lèvres et insultante arrogance en signe de triomphe à notre encontre. Et là j’ai compris. Le taureau arrivait. C’est cette venue qui mettait en panique l’organisateur et en joie les sinistres jouisseurs. Il luisait dans leurs yeux, le sadisme satisfait du « puisque vous l’aimez tant que ça votre taureau, vous allez vous le prendre en pleine gueule et vous aller comprendre ».

Et là, il est apparu, en haut du monticule, en train de courir. Magnifique. Superbe. Qu’est-ce qu’il était beau ! Putain, qu’est-ce qu’il était beau – et, dans ce qu’il représentait potentiellement pour nous dans les secondes à venir, terrifiant ! Non pas pour ce qu’il dégageait, parce qu’il n’y avait rien d’agressif en lui, a posteriori on a même pu se dire qu’il semblait tout simplement perdu. Contrairement à certains taureaux de combat gorgés d’agressivité qui chargent durant les lâchers dans les rues tout ce qui bouge, lui ne dégageait rien de malveillant, en y repensant. Il courrait simplement, éberlué. Il a fait un écart vers nous durant sa course, nous a furtivement regardés, puis est reparti vers le lieu de son terrible supplice à venir. Une vague d’effroi et de panique s’est saisie de la foule de militants – et, je l’admets, m’a saisi aussi. J’ai fait cette expérience insupportable dont je ne suis vraiment pas fier et qui me laisse un affreux goût dans la bouche (et un affreux souvenir) de ce qu’est le cerveau reptilien, dans toute sa laideur – celui qui dit « survis, no matter what » et qui l’ordonne sans concession. Celui de l’instinct de survie qui prend les commandes. Parce que nous étions piégés. Impossible pour cette foule de plusieurs centaines de militants de rejoindre en si peu de temps les côtés et de passer par-dessus les palissades qui étaient de toute façon déjà remplies de grappes de spectateurs venus assister au morbide spectacle. Un militant français racontera après qu’au moment où il a porté sa copine à bout de bras pour lui faire passer ladite palissade et la mettre à l’abri, les aficionados présent et installés dessus l’auront empêchée de monter, la condamnant potentiellement au pire, sous-entendu « tu as voulu cette merde, tu y restes ». Le summum du sadisme. Du meurtre de l’animal à celui de l’homme, il n’y a qu’un pas, comme dirait l’autre… Symboliquement, tous ces gens nous ont assassinés par ce geste, et ils ont communié dans notre mise à mort potentielle – comme ils le font dans celle réelle du taureau – même si rien ne s’est passé dans les faits. C’aurait tout à fait pu devenir très très concret. Parce qu’à ce moment nous sont revenues en mémoire (en tout cas ce fut mon cas) toutes ces vidéos connues de nous comme d’eux, que l’on fait tourner de manière malsaine et perverse sur les réseaux sociaux dans les milieux antico, que je déteste mais sur lesquelles il m’arrive quand même parfois de cliquer – comme on s’arrête sur le périph devant un crash pour regarder tout en sachant que c’est de la merde – de participants à des encierro ou lâchers de taureaux dans les villes qui finissent encornés, parfois avec une effrayante brutalité de l’animal surchargé à l’adrénaline inhérente au mode de survie et de guerre auquel les pratiques taurines le contraignent. Désormais je sais quel est le sentiment de panique généralisée qui peut s’emparer d’une foule en un quart de seconde quand chacun y craint pour sa vie et passe en mode sauve qui peut. Je comprends pourquoi ça peut finir en chaos généralisé avec des gens piétinés sous l’aveuglement de tous. Et je suis au regret de confesser, et j’ai la profonde honte (si vous saviez ce que j’ai honte…) d’admettre que ce sentiment, je l’ai partagé ; il s’est emparé de moi à la vue de cet animal superbe aux potentiellement terribles promesses de terribles blessures, et je n’irais certainement pas parier sur le fait qu’en pareille circonstance j’aurais eu la force de ne pas participer à cette énergie contagieuse qui, dans cette foule, aurait pu créer un drame.

Mais rien de tout cela ne s’est passé. Après un bref écart vers nous, le taureau a suivi sa route vers le lieu de son ultime sacrifice, suivi par le cortège enfiévré des voyeurs à pieds venus se délecter de son supplice et courant derrière lui comme des harpies en nous narguant au passage. Et sont venues dans nos rangs la consternation et la retombée soudaine de toute cette émotion mêlée, dont on ne savait pas trop de quoi elle était faite exactement si ce n’est qu’elle était débordante et surchargée. Et sont venues les crises de larmes et de rage partagées, les étreintes, leurs pleurs, les cris et les malédictions professées le poing brandi et le cœur en déluge de flammes et de flots de tristesse à l’encontre de toute cette inhumanité en train de nous toiser en ricanant, de toute cette incroyable absence d’empathie aussi bien envers le frère animal qu’envers le frère humain. Et les autres d’en face, redoublant de fierté et d’arrogance, en remettaient quinze couches, saluant, triomphants, leur victoire homicide et destructrice de la vie sur notre tentative désespérée de la sauver.

Un autre monde, vous dis-je… Un autre monde. Croyez-moi, ils ont été des centaines à se délecter de cela, à appeler cela, à applaudir cela. De nous voir piégés, vulnérables, sans issue face à la venue d’un hypothétique danger potentiellement mortel qui, ce jour-là, n’en a pas été un – mais qui, encore une fois, avec un autre taureau du type de ceux qui défoncent littéralement la foule imprudente quand on les lâche en public et dont les exploits guerriers en autodéfense filmés tournent sur les réseaux sociaux, aurait pu être fatal à plusieurs d’entre nous. Nous étions des centaines à avoir pris place ici une petite demi-heure avant, à avoir subi durant tout ce temps la haine de toute une foule et TOUS dans le village connaissaient notre présence. Les organisateurs ne pouvaient l’ignorer, en aucune façon. Et ils ont délibérément choisi de lâcher le taureau quand même, tandis que la police a choisi de ne pas venir, à aucun moment durant cette demi-heure de confrontation verbale et même physique entre nous et les milliers de taurins nous encerclant, alors que plusieurs démarrages de passage à tabac ont éclaté ça et là et que ça aurait pu généraliser, exactement comme un traînée de poudre ou un incendie prennent feu une fois l’allumette initiale jetée – et il y en avait, dans leurs rangs, des allumettes grattant leur souffre qui ne demandaient qu’à générer l’embrasement de masse. Même les journalistes et cameramen étaient coincés avec nous lorsque le taureau a déboulé, et ça n’a pas arrêté les décisionnaires du spectacle (le maire, en fait, visiblement, après prise d’information ultérieure). Des fous furieux, vous dis-je. C’était tout simplement irréel…

Aficionados, ton aficion, c’est de la merde. Mais alors putain, vraiment de la merde. Oui oui, je sais, les froufrous, les poses, la cape. Mais derrière, quand on va voir ce qui se cache, le cœur de tout cela qui est l’inverse de tout ce qui devrait être désigné par ce nom, c’est vraiment, vraiment de la merde. J’ai été voir au fond de tes yeux, de ta pulsion, de ce qui te motive et te fait battre la poitrine. C’est la puanteur des enfers qui y règne. C’est l’instinct du meurtre à l’état pur, la délectation du carnage. Je le savais déjà immensément – mais je ne l’avais jamais senti avec tant d’évidence. Cette pestilence ne m’avait jamais autant piqué le nez – ni fait vomir.

Putain, si vous saviez ce que c’était laid et horrible ce qui luisait dans les yeux littéralement possédés de ces gens dont certains étaient des consanguins évidents et objectifs au seuil de la plus profonde débilité. Le fond du pot, vous dis-je… Le fond du pot !

Putain si vous saviez ce que c’était poignant ce qui était dans ses yeux à LUI, cet égarement, cette façon d’être perdu et de courir sans savoir ni où ni pourquoi, avec cette putain de centaine d’hystériques en rut aux talons tandis que tous les autres spectateurs immobiles et impassibles s’en délectaient.

Putain, si vous saviez ce qu’il était beau, corporellement et dans ce qu’il dégageait. Et si vous saviez comme je suis triste et comme je m’en veux de l’avoir craint au moment où il aurait fallu n’avoir que la force de le plaindre et de l’embrasser dans la compassion, et comme j’aimerais le lui dire, lui exprimer ces mille pardons, pour cette immense injustice, à lui qui a subi un tel martyre odieux et qui n’a fait que n’y rien comprendre sans probablement même avoir « vaillamment » lutté contre, au vu de la durée extrêmement brève du massacre qui semble d’ailleurs avoir frustré et enragé les fans de carnage présents qui n’en ont visiblement pas eu tout leur soûl ni pour leur argent de cette décevante et scandaleusement courte agonie. Si vous saviez ce qu’il était beau ! Putain, mais comment peut-on jouir de détruire quelque chose d’aussi beau ?

Je suis en guerre à nouveau – ou, devrais-je dire, plus que jamais. En guerre contre toute cette merde. Je ne sais pas encore quel mode militant on peut trouver quand de l’autre côté ils sont capables de nous lâcher le taureau dessus. Mais ce que je sais, c’est que je n’ai qu’une seule envie : y retourner ! Alain que tout le monde connaît chez les militants français pour être l’un de ceux d’entre nous qui va le plus au casse-pipe disait que c’était probablement l’événement anticorrida qui avait, dans son ressenti personnel, charrié le plus d’émotion et était le plus puissamment chargé en la matière de tous ceux qu’il avait vécus – et Dieu sait qu’il en a vécus ! Je ne saurais personnellement décerner une palme d’or ni un premier prix, mais il est sûr qu’il est sur le podium.

Cette chose doit mourir. La tauromachie doit mourir. Cette merde doit mourir. Cette putain de barbarie consanguine incarnant tout ce qu’il y a de plus primitif, poussiéreux, archaïque (dans le pire sens du terme) et puant dans la tradition dont faisaient partie jadis le droit de cuissage et la traite des Noirs doit mourir – et c’est à nous, et c’est le devoir de notre temps de la faire mourir comme ce fut celui de nos aïeux de faire cesser les viols légaux et les coups de fouets racistes.

Un immense merci et une salutation immensément chaleureuse aux militants qui ont partagé avec moi ce moment d’une incroyable et terrible force. Gravé en mon cœur et en ma mémoire à jamais – pour le meilleur et pour le pire. Vous aussi, vous êtes beaux. Sachez-le !

Salutation particulière aux deux principaux organisateurs de cette excursion française qui étaient en première ligne du barrage lorsque j’étais en 2e devant les chevaux affolés et fonçant sous l’injonction des cavaliers survoltés – et que j’ai vu tenir ferme leur position avec détermination et bravoure sous la menace des sabots paniqués qui auraient pu leur coûter cher : Kalvin Shaeffer et surtout Audrey Teillet à qui revient l’écrasante majorité du mérite de tout cela. Un immense merci pour son dévouement et son travail tout au long de l’année pour mettre en place cette excursion difficile et salutaire.

HASTA SIEMPRE ANTICORRIDA ! (et tout ce qui va avec)

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